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12 août 2013

Les Heures sOuterraines

 

Les-heures-souterrainesLes heures souterraines
de Delphine De Vigan

 

Ed. JC Lattès
Coll. Le livre de Poche
6,60€ / 248 p. / 2009

La 4ème de couverture : Mathilde et Thibault ne se connaissent pas. Au cœur d'une ville sans cesse en mouvement, ils ne sont que deux silhouettes qui pourraient se rencontrer, se percuter, ou seulement se croiser. Un jour de mai. Les Heures souterraines, qui fut finaliste pour le Prix Goncourt, est un roman vibrant sur les violences invisibles d'un monde privé de douceur, où l'on risque de se perdre, sans aucun bruit.

Mon avis : Je découvre pour la première fois Delphine De Vigan avec ce roman coup de poing qui ne laissera aucun lecteur indifférent. Dans ce livre, on suit le récit de la vie de deux personnes. Il y a donc deux récits qui alternent au fil des chapitres.

Mathilde a près de quarante ans, elle élève seule ses trois garçons et est cadre dans une grosse entreprise en banlieue parisienne. Depuis huit ans, elle fait le trajet quotidien : métro, RER, boulot. Depuis le début, elle adore son travail, elle s'y épanouit.  Mais depuis quelques mois, tout a changé. Elle est victime de harcèlement moral par son supérieur hiérarchique, Jacques, l'homme dont elle est l'adjointe et avec qui tout se passait bien jusqu'au jour où elle a osé émettre un avis différent du sien. Alors, petit-à-petit, Jacques va lui lancer de petites piques, lui retirer quelques dossiers, oublier de la convoquer aux réunions... jusqu'au point où Mathilde sera traitée comme une moins que rien par son entreprise. Invisible aux yeux de ses collègues, personne ne lèvera le petit doigt pour l'aider.  Mais Mathilde est forte, elle ne dit rien à personne et continue d'aller au travail chaque jour même si elle n'a plus rien à y faire. Cependant, malgré sa force, Mathilde va s'enfoncer, inexorablement, dans la dépression. Plus l'envie de rien, plus d'amis, plus de sorties, seuls ses enfants l'empêcheront de se suicider. Le récit décrit comment Mathilde souffre de ces petits riens qui font de sa vie un enfer, et le lecteur souffre avec elle. La description du trajet dans les transports est remarquable. On est écœuré avec elle de cette promiscuité, de cette saleté, de cet anonymat aussi, et de la solitude qui va avec. On se demande à chaque instant si Mathilde ne va pas, elle aussi, devenir un « accident grave de voyageur ». Parallèlement, Thibault, médecin itinérant vient se quitter sa petite amie car son amour n'est pas partagé. Tout au long de la journée il se rend chez des patients plus ou moins malades pour les soigner, les aider, les rassurer. Mais dès qu'il se retrouve seul dans sa voiture, il repense à Lila. Il se demande pourquoi, à quarante ans, il n'est toujours pas marié et installé à la campagne. Il déprime et  n'enfonce dans cette langueur qui rythme son quotidien.

Le lecteur se demande si ces deux là vont se rencontrer, s'il va se passer quelque chose. Tant de choses les rapproche !

Les Heures Souterraines est un vrai choc. On n'oublie pas de sitôt ce qu'on vient de lire. Le quotidien, le monde de l'entreprise, tout le monde connaît et tout le monde peut s'y projeter. On se pose des questions, on se demande si ça pourrait nous arriver. On sort de cette lecture écœuré sous bien des aspects. Et si l'écriture de Delphine De Vigan m'a bien plu, après cette lecture, j'ai juste eu envie de me plonger dans un roman jeunesse léger, très léger !

"Il avait oublié à quel point il était vulnérable. Est-ce que c'était ça, être amoureux, ce sentiment de fragilité ? Cette peur de tout perdre, à chaque instant, pour un faux pas, une mauvaise réplique, un mot malencontreux ? Est-ce que c'était ça, cette incertitude de soi, à quarante ans comme à vingt ? Et, dans ce cas, qu'existait-il de plus pitoyable, de plus vain ?" (p.52)

"Elle rêve parfois d'un homme à qui elle demanderait : est-ce que tu peux m'aimer ? Avec toute sa vie fatiguée derrière elle, sa force et sa fragilité. Un homme qui connaîtrait le vertige, la peur et la joie. Qui n'aurait pas peur des larmes derrière son sourire, ni de son rire dans les larmes. Un homme qui saurait.
Mais les gens désespérés ne se rencontrent pas. Ou peut-être au cinéma. Dan la vraie vie, ils se croisent, s'effleurent, se percutent. Et souvent se repoussent, comme les pôles identiques de deux aimants. Il y a longtemps qu'elle le sait." (p.138-139)

+ d'infos :
-La présentation de l'éditeur
-L'avis de Noukette
-Les 160 critiques de Babelio

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